Les retards de paiement hypothécaire font les manchettes… mais faut-il vraiment s'inquiéter?

Alexandra RicherCourtier immobilier résidentiel - J2962

05 août 2026


Depuis plusieurs semaines, les médias parlent d'une hausse des retards de paiement hypothécaire au Canada. Les manchettes sont parfois inquiétantes : « De plus en plus de propriétaires n'arrivent plus à payer leur hypothèque ».

Mais que se cache-t-il réellement derrière ces statistiques? Est-ce le début d'une crise immobilière… ou simplement une normalisation du marché?


Voici ce qu'il faut savoir.


Pourquoi parle-t-on autant des retards hypothécaires?

Entre 2020 et 2022, des millions de Canadiens ont acheté une propriété alors que les taux d'intérêt étaient historiquement bas.


Aujourd'hui, une grande partie de ces prêts arrivent à leur renouvellement.

Selon la SCHL, plus de 1,5 million de ménages canadiens ont déjà renouvelé leur hypothèque à un taux plus élevé, et près d'un million d'autres devront le faire au cours de la prochaine année.


Pour plusieurs propriétaires, cela représente une augmentation importante des versements mensuels.

Certaines institutions financières estiment que les paiements hypothécaires des ménages qui renouvellent en 2026 augmentent en moyenne d'environ 20 %.


Oui, les retards augmentent… mais il faut remettre les chiffres en contexte

La SCHL confirme effectivement que les prêts hypothécaires en souffrance (90 jours ou plus de retard) sont en hausse depuis la fin de 2023.


Cependant, elle rappelle un élément extrêmement important :

Les taux actuels demeurent largement inférieurs à ceux observés lors des grandes périodes de difficultés économiques qu'a connues le Canada.

Autrement dit : La tendance augmente… mais nous sommes encore loin d'une crise généralisée.


Qui est le plus à risque?

Les analyses de la SCHL démontrent que certains propriétaires sont davantage vulnérables :

  • les premiers acheteurs ayant acheté pendant la pandémie;
  • les ménages fortement endettés;
  • ceux ayant acheté lorsque les prix étaient à leur sommet;
  • les propriétaires ayant peu d'équité dans leur propriété;
  • les ménages dont le revenu est plus sensible au ralentissement économique.

Les marchés de Toronto et, dans une moindre mesure, Vancouver montrent actuellement davantage de signes de pression financière que plusieurs autres régions du pays.


Pourquoi ne voit-on pas une explosion des défauts de paiement?

Plusieurs facteurs expliquent cette résilience.

1. Les propriétaires priorisent leur hypothèque

Pour la majorité des familles, le paiement hypothécaire demeure la dépense la plus importante.

Avant de manquer leur hypothèque, plusieurs réduisent :

  • leurs loisirs;
  • leurs voyages;
  • leurs achats importants;
  • leurs dépenses discrétionnaires.


2. Les banques proposent des solutions

Contrairement à ce que plusieurs croient, un propriétaire en difficulté n'est généralement pas abandonné par son institution financière.

Parmi les solutions possibles :

  • allongement de l'amortissement;
  • modification temporaire des versements;
  • refinancement;
  • restructuration du prêt.

Ces mesures permettent souvent d'éviter un défaut de paiement.


3. Les règles canadiennes sont plus strictes

Depuis plusieurs années, les emprunteurs canadiens doivent réussir le fameux test de résistance hypothécaire (stress test).

Ce test oblige les banques à vérifier que l'emprunteur pourrait continuer à payer même si les taux augmentaient considérablement.

Selon la SCHL, cette réglementation explique en bonne partie pourquoi les défauts de paiement demeurent relativement faibles malgré la hausse des taux d'intérêt.


Ce que cela signifie pour le marché immobilier

Il est peu probable que cette situation entraîne une vague massive de ventes forcées.

Par contre, plusieurs propriétaires devront prendre certaines décisions :

  • vendre une propriété devenue trop coûteuse;
  • réduire leur niveau d'endettement;
  • reporter certains projets de rénovation;
  • revoir leur budget familial.

Cela pourrait créer davantage d'opportunités pour les acheteurs dans certains secteurs, mais il ne faut pas confondre ralentissement du marché et effondrement immobilier.


Quelques chiffres à retenir

  • Plus de 1,5 million de ménages ont déjà renouvelé leur hypothèque à un taux supérieur.
  • Environ 1 million de renouvellements supplémentaires sont attendus d'ici un an.
  • Les versements des ménages qui renouvellent en 2026 augmentent d'environ 20 % en moyenne.
  • Les retards hypothécaires sont en hausse, mais demeurent bien inférieurs aux niveaux observés lors des précédentes crises économiques.


Mon point de vue comme courtière immobilière

Les manchettes attirent naturellement l'attention, mais elles ne racontent pas toujours toute l'histoire.


Oui, certains propriétaires vivent une pression financière réelle.

Oui, les retards hypothécaires augmentent.


Mais le marché immobilier canadien continue de démontrer une certaine résilience grâce à une réglementation plus stricte, à des institutions financières plus proactives et à des propriétaires qui s'adaptent à cette nouvelle réalité.

Chaque situation demeure unique.


Si votre renouvellement approche ou si vous vous demandez si le moment est opportun pour vendre, acheter ou refinancer, une discussion peut vous permettre d'y voir beaucoup plus clair avant de prendre une décision importante.


Sources

  • Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) — Vague de renouvellements hypothécaires : régions et emprunteurs les plus touchés (5 février 2026).
  • SCHL — Données sur les arriérés hypothécaires et la vulnérabilité financière des ménages.
  • Nesto — Prévisions relatives aux taux hypothécaires au Canada (2026).
  • Equifax Canada — Données sur les paiements manqués et les tendances du crédit.
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Écrit par Alexandra Richer

Courtier immobilier résidentiel - J2962